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Gestion des matières résiduelles

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De l’or (et des intrus) dans nos bacs bruns!

3 mai 2022 | Par Mélissa Aumont-Rodrigue
Gestion des matières résiduelles

À lui seul, l’enfouissement des déchets représente 3% des émissions canadiennes de GES, et 5% au Québec. Un pourcentage qui semble faible mais qui est en fait comparable au poids carbone de nos habitations résidentielles, commerces et institutions. Et qui est largement expliqué par la part majoritaire des matières organiques dans les quantités de déchets enfouis : 57%!

Pourquoi? Parce que sans oxygène, la décomposition de la matière organique génère de grosses quantités de gaz à effet de serre dont principalement du méthane (à 40,8%), un gaz 25 fois plus réchauffant que le CO2. C’est ce que l’on appelle la « digestion anaérobie » et comme vous vous en doutez, ça se passe notamment quand les résidus organiques sont enterrés.

Il est donc urgent de mettre le frein rapidement sur ces sources d’émission évitables en visant la réduction (pensez au gaspillage alimentaire!), et en développant les pistes de valorisation spécifiques aux résidus organiques, qui s’avèrent de bien précieuses ressources. Vous nous voyez venir, ce que nous vous disions il y a peu pour nos matières recyclables est aussi vrai ici : il y a de l’or dans nos bacs bruns!

De l’or noir dans nos bacs bruns

La première destination de nos résidus organiques est le compostage, une technique plutôt simple bien connue des amateurs·trices de jardinage qui consiste à laisser les microorganismes décomposer la matière en leur donnant principalement… de l’oxygène (on vous disait que c’était important!).

On y ajoute généralement des matières sèches comme des copeaux de bois ou résidus verts, d’où la collecte spécifique dans la plupart des villes.

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Avec le matériel adéquat (tracteurs, laboureuses, etc), les agriculteur·trices sont les premiers à valoriser l’abondance des matières premières dont ils disposent : résidus céréaliers ou maraichers, lisier et fumier. Et ça tombe bien puisque leurs exploitations agricoles ont bien besoin de compost qui sert de fertilisant et remplace partiellement les engrais chimiques couteux et dommageables pour l’environnement.

Le secteur agricole montre ainsi une voie circulaire inspirante pour les villes. En effet, une belle partie du compost s’en retourne vers les centres urbains pour servir dans l’aménagement paysager, être revendue au détail ou distribuée par les municipalités. Un approvisionnement local et circulaire, comme c’est déjà le cas dans les jardins communautaires ou fermes urbaines, pourrait donc être envisagé. À condition d’assurer une qualité de tri suffisante pour ne pas contaminer le compost! 

Et de l’énergie aussi !

La seconde méthode de valorisation, plus demandeuse en infrastructure, est la biométhanisation. Vous l’aurez compris, on cherche ici à produire le fameux méthane et on va donc priver nos matières… d’oxygène!

Le processus se fait à haute température dans des grosses tours au toit en dôme que vous avez sans doute déjà vues en parcourant la Belle Province. Deux ressources sont récupérées :

– Le méthane, appelé ici gaz naturel renouvelable (GNR)
– Le digestat, un super engrais qui est ensuite épandu directement sur les champs.

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Cette méthode de valorisation présente plusieurs avantages et offre d’abord une alternative partielle au gaz d’origine minière. Elle devrait représenter 5% du gaz distribué dans le réseau en 2025 (10% en 2030), un début très timide d’indépendance énergétique (et renouvelable!) si on choisit l’optimisme.

Elle permet aussi de traiter des matières en plus grandes quantités, pour les industries par exemple, ou plus complexes, qui ne se détériorent pas assez vites pour être compostées. Malgré tout, comme pour le compostage, la méthode n’est pas magique et le rôle de chacun·e est essentiel pour assurer un bon fonctionnement de la chaine.

Le bac brun n’est pas une poubelle!

 Le même problème se pose souvent : le mauvais tri à la source qui introduit des contaminants. Ce qu’on appelle « contaminants » ce sont les matières qui ne se dégradent pas naturellement ou qui ne le font pas à la même vitesse que les résidus alimentaires et verts collectés.

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Souvent ce sont les matières créées par nous pour être compostables mais qui le sont difficilement! On pense ici aux plastiques dits compostables (#7 PLA) que l’on retrouve dans de nombreux emballages et qui nécessitent de faire monter les mélanges à très haute température, pendant plus longtemps : un procédé tout simplement impossible dans les infrastructures québécoises et pas idéal dans le reste du pays.

Un changement de pratiques, de la part des consommateurs·trices et des organisations, qui génèrent des matières organiques en gros volumes, est donc primordial en visant la réduction des résidus organiques, l’abandon d’articles qui ne sont pas de véritables solutions écologiques et un tri méthodique. Point encourageant : l’accès à la « troisième voie » de collecte tend à se généraliser, tant chez les gros acteurs, comme IGA, que de façon locale à l’initiative des municipalités. Faites votre part en l’adoptant et en triant avec soin!

Sources

Toutes les données sont issues de la « Fiche Info Matières Organiques » de Recyc Québec et du « Portrait et pistes de réduction des émissions industrielles de gaz à effet de serre au Québec » réalisé par le HEC Montréal



Coordonnatrice — Gestion des matières résiduelles – Remplacement de congé maternité

Mélissa Aumont-Rodrigue

Avec ses études en biologie et en gestion de l’environnement, Mélissa souhaite participer à la protection de l’environnement par la conscientisation, la sensibilisation et la mobilisation des différents acteurs de la société. Elle entend donc s’attaquer de front à l’enjeu des matières résiduelles puisqu’il constitue une grande menace pour les milieux naturels et urbains, et ainsi pour les espèces qui y vivent. Entre deux séries télé, Mélissa aime prendre soin de son chat et découvrir de nouveaux produits zéro déchet!

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