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Crise climatique : comment j’ai appris à décoder mes émotions pour mieux m’adapter

21 septembre 2021 | Par Isabelle Béliveau
À ne pas manquerCap sur l'action

Notre programme Cap sur l’action (anciennement Porteur d’espoir) récompense une personne âgée entre 14 et 30 ans pour ses précieux efforts et réalisations en lien avec l’environnement grâce à une bourse de 2 000$. Récipiendaire du prix en 2021, Isabelle vous propose de vous plonger dans le monde des écoémotions pour mieux vivre l’adaptation aux changements environnementaux!


J’ai toujours été habitée par les changements environnementaux. À 6 ou 7 ans, on a rasé le boisé en arrière de chez moi. Je me souviens m’être sentie complètement impuissante devant un très grand arbre qui s’écrasait au sol. Au même moment, j’ai ressenti une douleur vive dans mon ventre.

C’était une écoémotion – une émotion liée à ma relation avec l’environnement.

Aujourd’hui, je suis témoin chaque jour de choses bien pires, et je pratique beaucoup mieux l’évitement que lorsque j’étais enfant. Mais ce premier sentiment de tristesse, de colère et d’urgence ne m’a jamais quitté. Il s’est transformé en action et a influencé plusieurs de mes choix: mes études en écologie et en environnement, mon implication comme militante au sein du mouvement étudiant pour le climat et la création d’un organisme à but non lucratif nommé Éco-motion.

Le rôle de nos écoémotions à l’ère de grands changements environnementaux

J’ai toujours su que les écomotions sont au cœur de l’action climatique, car elles nous informent sur ce qui est important pour nous. Depuis 2015, j’étudie les écoémotions (il y en a plus de 15!)1 et j’affine de plus en plus ma compréhension de mon vécu grâce aux récentes recherches sur le sujet.

Parallèlement à cela, j’ai commencé à lire incessamment sur la théorie des systèmes2, sur la science de la connexion et sur la psychologie sociale. Voici mes principaux constats :

  • Nous faisons partie d’un système qui change, donc, nous sommes poussé·e·s à nous adapter. Nos émotions ont pour fonction de nous informer sur ce qui doit rester et sur ce qui doit être transformé;
  • Nous sommes des êtres de connexion. Nous avons besoin des autres pour se réguler et s’organiser pour faire face à ce qu’on vit;
  • Nous vivons actuellement une crise de la santé psychologique et une crise climatique. Ces deux crises sont interreliées et l’une ne peut pas être atténuée si on ne se préoccupe pas de l’autre. D’ailleurs, le groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) a reconnu, en 2019, que le changement climatique était responsable d’un accroissement de l’anxiété et du stress chez les humains. Le silence social entourant le poids affectif que cette crise fait peser sur nous représente un frein à la résolution de la crise socioécologique.

 

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Nous vivons tous la crise différemment

 Mon travail avec Éco-motion est de mieux comprendre les liens entre toutes ces théories et le vécu actuel des gens à travers des programmes d’accompagnement et d’un média à vocation psychoéducative.

Ce que j’ai appris grâce à la communauté qui se bâtit autour d’Éco-motion, c’est qu’on a tous et toutes des prédispositions différentes dans nos personnalités qui nous amènent à percevoir et à vivre les changements socioécologiques de plusieurs façons. Par exemple, les personnes hypersensibles3 sont plus à risque de développer des symptômes anxieux ou dépressifs liés aux changements climatiques que les personnes hyposensibles, qui paraissent souvent indifférentes. De mon point de vue, ces personnes ont simplement une plus grande capacité que d’autres à se mettre à distance face aux informations qui sont inconfortables. En mon sens, ces deux types de personnes devraient plus se parler pour apprendre de l’une et l’autre.

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L’ego qui a peur de l’émotion

En tant qu’hypersensible, je suis très observatrice de mon environnement et très à l’écoute des gens. Ce que j’ai remarqué avec le temps, c’est que la plupart des gens qui ont peur ou n’aiment pas les émotions n’ont généralement pas appris à canaliser l’énergie de manière à ce que les décisions et les actions qui en découlent soient bénéfiques.

La fonction de nos émotions est simplement de nous déstabiliser assez pour nous pousser à l’action. Une bonne lecture de nos émotions offre donc des indications précises sur nos besoins, ce qui va influencer notre résilience face à la crise socioécologique.

Par exemple, la tristesse indique souvent une perte de lien avec quelqu’un ou quelque chose qui nous était cher et nous invite à prendre soin de ce qui est encore là. La colère sert à indiquer nos limites et à protéger ce qui est important pour nous. La peur nous aide à anticiper et à prévoir une alternative qui est moins dommageable pour nous et notre entourage. Le problème, ce n’est pas notre souffrance, c’est de ne pas comprendre son origine ou de ne pas savoir quoi en faire.

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Comment trouver un juste milieu entre nos besoins individuels et collectifs? 

C’est une question qu’on me pose souvent. Devrions-nous nous concentrer sur ce dont nous avons le contrôle (nous-même) pour se sentir efficace ou plutôt d’investir nos énergies dans le collectif pour se sentir utile? Ma réponse : les deux.

Pour être créatif dans sa recherche de solutions, le cerveau a besoin de repos, d’un plan clair et le soutien de ses pairs.

Comment faire plus de place dans votre horaire pour ce qui vous connecte à vous-même et à la nature, de sorte que vous ayez l’énergie pour faire face à ce qui se passe avec courage?

Quelles sont les connaissances ou les forces que vous pourriez mettre à contribution? Si c’est de revendiquer qui vous donne de l’énergie, faites-le. Si c’est de décortiquer les systèmes en place et de proposer des alternatives qui est facile pour vous, nous voulons vous entendre. Si vous êtes très attaché à votre milieu et que vous voulez aider à bâtir un quartier ou une ville davantage en autosuffisance, lancez-vous.

Et sur le chemin, vos émotions continueront de vous indiquer ce dont vous avez besoin sur le moment, car plus la nature change, plus vous évoluerez aussi. Une bonne lecture des besoins derrière vos émotions vous aidera à établir un plan flexible qui diminuera votre sentiment d’impuissance. Et n’oubliez pas – repos et soutien de votre communauté sont nécessaires pour entretenir votre motivation et votre espoir sur le long terme.

Dans un prochain article, je vais discuter d’outils servant à calmer son système nerveux pour développer sa résilience et de moyens pour solidifier le lien social en communiquant mieux nos besoins et en comprenant ceux des autres. Restez à l’affût!

Références

1– Définir nos écoémotions, Beside et Les émotions de la Terre, Glenn Albrecht

2– La théorie systémique, c’est concevoir le monde comme un tout, Slate.fr

3– Joanna Macy, écopsychologie et spécialiste de la théorie des systèmes appliqués à l’environnement



Lauréate Cap sur l’action 2021

Isabelle Béliveau

Isabelle s’intéresse notamment à la psychologie sociale, aux neurosciences et aux écoémotions et propose une nouvelle façon de parler du climat pour diminuer l’évitement et l’impuissance. Bachelière en Études de l'environnement et militante pour le climat, elle a notamment été coordonnatrice de la CEVES Sherbrooke et a fondé l'organisme à but non lucratif Éco-motion dont la mission est d’accompagner les personnes et les organisations dans le développement de leur résilience face aux changements socioécologiques.

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